Valor mortis, "soul's like à la 1ere personne" se déroulant durant l'époque napoléonienne, est sorti dans une indifférence quasi générale.

pourtant, il s'agit de l'un des meilleurs titres de l'année 2026 - une péPite à ne pas manquer !

place au verdict.

I. Valor Mortis, c'est quoi ?

"Mourez et relevez-vous pour Napoléon !" - ce n'est pas moi qui le dis, c'est la jaquette.

Et c'est effectivement ainsi que le jeu débute : vous incarnez William, soldat anglais, se réveillant sur le champ de bataille entouré de ses frères d'armes morts et jonchant le sol.

Tout autour de lui, c'est la désolation : cadavres revenus à la vie, corps mutilés, apparences monstrueuses ...

La musique est mélancolique, l'ambiance gothique à souhait.

Une voix murmure dans la tête de William : celle de Napoléon lui-même, lui dictant de reprendre le combat pour l'Empire.

Ses anciens compères, dorénavant monstrueux, semblent bien avoir perdu toute raison et l'attaquent ; il va falloir se défendre, avancer, comprendre ce qu'il s'est passé.


L'aventure débute de la sorte, et c'est plutôt judicieux : en contrôlant votre personnage à la 1ère personne, vous êtes au plus proche de l'action et allez faire vôtre l'épopée Napoléonienne.

Il faut d'emblée toutefois émettre un petit bémol : le début de l'aventure, bien qu'intriguant, est à dire vrai la moins bonne partie du soft.

Elle laisse présager de défauts d'un "titre double A" au budget plus modeste : plans fixes en lieu & place de véritables cinématiques, voix-off sans mise en scène...

Des débuts qui captivent autant qu'ils rendent sceptique !

Il ne faut pas : passée la 1ère heure de jeu somme toute initiatique, la suite est tout bonnement excellente et plus nous progressons dans l'aventure, plus le jeu s'avère surprenant, que ce soit au niveau de son gameplay, de sa DA, de son level design...

Place à l'analyse de Valor Mortis, titre de One More Level, édité par Lyrical Games.

II. L'Histoire : avec Napoléon, ça compte un peu quand même

Premier bon point : le choix de l'époque Napoléonienne.

Cette dernière est peu exploitée alors qu'elle regorge d'un Lore tout trouvé : les uniformes de la Grande Armée, les sabres et les fusils à silex, les champs de bataille enfumés, les aigles impériales…

Valor Mortis s'en empare, en version uchronique et cauchemardesque : la conquête de Napoléon s'est enlisée en Europe de l'Est, et une mystérieuse peste se répand dans le sillage de ses troupes, devenues monstrueuses.

Avec l'Histoire et Napoléon pour toile de fond, Valor Mortis ne pouvait tout simplement pas rater la sienne !

Abordons de suite un problème de présentation à mon sens : que cela soit voulu par les devs ou non, le titre est trop souvent comparé à un souls-like.

A mon sens, cela le dessert autant que c'est inexact : certes, il regorge d'hommages et de mécaniques similaires, mais il n'est pas un membre du genre.

Il s'agit plutôt d'un jeu d'action-aventure où la difficulté, bien que présente, n'est pas centrale. Nous y reviendrons.

Et la différence saute d'abord aux yeux dans la narration.

Dans un souls, l'histoire est cryptique, voire incompréhensible (sauf à coup de vidéos Youtube) et s'avère donc accessoire.

Dans Valor Mortis, l'Histoire est certes surnaturelle, gothique & mystérieuse, mais la narration est moteur du titre : avec William, nous souhaitons découvrir les raisons de l'épidémie, le sort de l'armée, le cours de la guerre.

Peut-être est-ce par sensibilité mais l'ambiance post-apocalyptique, emplie de mélancolie m'a particulièrement plu.

Il faut dire qu'en remontant le champ de bataille, William découvre les horreurs de la guerre, lesquelles nous questionnent tout autant que lui.

L'idéal qui l'avait poussé à s'engager se fissure à mesure qu'il découvre ce que la conquête a laissé derrière elle.

Et le jeu est ingénieux en proposant des quêtes secondaires prolongeant justement ces thèmes et cette ambiance si singulière.

Exemple - spoiler - l'une d'elles nous fait enquêter sur le suicide d'un couple, avant de découvrir la déchéance des parents suite à la disparition de leur enfant, mort empoisonné, victime indirecte du passage des troupes.

Sans que le scénario fasse à lui seul du jeu un must-have, il est solide pour toujours donner l'envie d'en voir plus, d'en savoir plus.

Et c'est bien là l'essentiel : le scénario n'est pas en retrait et n'est pas qu'un prétexte au gameplay, il fait vivre l'aventure.

Point très positif donc.

Bémols cependant : le jeu ne présente aucune cinématique (une intro en plan fixe au 1er chapitre laisse présager du pire...) et des flash-backs en voix off sans mise en scène sont au début déstabilisants.

La fin, sans divulgâcher, reste ouverte et ne cloture pas véritablement l'histoire, sauf peut-être l'arc du personnage incarné de manière satisfaisante.

Le scénario est donc un point fort : en espérant qu'une suite puisse le parfaire.


III. Le gameplay : Soul's like, Doom's like, Bioshock's like... ou simplement Valor Mortis ?

Beaucoup de comparatifs sont faciles pour évoquer le gameplay de Valor Mortis : la parade et la jauge de rupture des souls, les glory kills de Doom, la main gauche « magique » de BioShock, et même la course sur les murs de Ghostrunner. (précédent jeu du studio One More Level)

Mais rendons à César ce qui appartient à César (ou à Napoléon) : la sauce prend et l'ensemble a une identité propre.

Un gameplay nerveux, des phases de plateforme étonnantes, le tout dans un système hautement gratifiant.

1. En garde, un peu de baston

Sur le papier, la prise en main est simple :

  • La main droite, principale, tient l'arme blanche (sabre, rapière, et même une Claymore),

  • La main gauche, plus secondaire, alterne entre les armes à feu (pistolet, tromblon, mousquet) ou les pouvoirs dit de "transmutations" : lancer de feu, stase pour ralentir le temps, bouclier.

A cela se couple les déplacements de William :

  • l'esquive parfaite, permettant un ralenti pour porter des coups,

  • le sprint,

  • la parade ou "blocage" permettant de remplir une jauge de rupture qui, full, permet un glory-kill sur l'ennemi,

  • le saut,

  • le tout sous une jauge d'endurance à surveiller.

Il faut le dire de suite : le gameplay est véritablement jouissif, pour peu qu'il soit compris et maitrisé.

Car il faut ici être cohérent : le sel du jeu n'est pas d'y aller comme un bourrin et celui qui fonce tête baissée en martelant les boutons ne comprendra rien et passera complètement à côté du jeu, se faisant massacrer sans entamer la jauge adverse.

Le jeu favorise plutôt l'usage de ses mécaniques et l'appréhension du rythme : comprendre les patterns de l'adversaire, bloquer au bon moment et l'amener à la rupture, esquiver pour provoquer un ralenti et frapper, viser les points faibles grâce aux armes à feu ...

Le tout s'avère profondément plaisant manette en main, ce d'autant plus couplé à une plateforme grisante.

2. Valor Mortis, c'est aussi de la danse (oui oui)

Bon d'accord, pas tout à fait : Napoléon ne se mettra pas à faire une chorégraphie type Just Dance. (ce qui, pourtant, aurait été original)

Ce que l'on entend par là, c'est qu'au delà des armes / compétences du Héros, c'est bien le rythme qui compte le plus pour gagner les combats et progresser.

Le titre s'avère d'ailleurs étonnant - de manière positive une fois encore - en ce qu'il offre des phases de plateforme très audacieuses et plaisantes.

Pêlemêle, William va pouvoir, au fil de sa progression :

  • faire du parkour,

  • courir sur les murs, (coucou ghostrunner)

  • utiliser un grappin,

Le tout cumulé, il y a véritablement des passages d'anthologie ; il suffit de voir le train- de-la-mine réinventé et qui est ici un kiff absolu en plus d'être pour le moins inattendu !

Tout cela est dû à un level design savamment orchestré, comme il sera vu plus bas.

3. un peu de RPG, pour un sentiment réel de progression

Héritage des souls oblige, chaque ennemi terrassé rapporte des "Catalyseurs", lesquels servent de monnaie dans un arbre de compétence.

Cela vous rappelle quelque chose ? c'est normal et, à l'instar d'un Soul, la mort a un prix : la perte de l'expérience acquise, qu'il faudra récupérer proche du lieu du trépas.

Ces Catalyseurs se dépensent aux feux de camp Lanternes, checkpoints du jeu permettant également de régénérer ses fioles de vie & de transmutations, contre la réapparition des ennemis terrassés précédemment.

Ce qui est très appréciable, c'est que l'évolution dans l'arbre de compétence, plutôt simple, permet une réelle évolution satisfactoire du personnage.

On se sent véritablement plus fort à mesure que l'aventure avance, que l'on connait les patterns des ennemis, que nos compétences progressent.

On se surprend même à ne plus craindre un ennemi pourtant retors une heure auparavant mais, au contraire, à prendre plaisir à l'affronter.

Et cet aspect RPG est également nourri par l'exploration & la complétude des quêtes annexes.

Jamais très éloignées du cheminement logique, en nombre raisonnable pour garder en qualité, les quêtes annexes permettent soit de gagner du loot pour rendre nos armes ou sorts plus puissants, soit d'acquérir des "ambres" qui, une fois équipées, donnent une compétence spéciale.

Exemple :

  • rendre l'esquive plus permissive,

  • permettre une récupération de vie à chaque parade réussie,

  • mention spéciale au nom des ambres, tel que "instant dilaté".

Le tout cumulé, Valor Mortis présente un Gameplay jouissif, efficace et très bien équilibré.

4. Et les boss quand même ?

Qui dit Soul's Like dit boss (remplacer au choix "Soul's" pour Zelda, Bayonetta, Metroid, ça marche aussi en fait.) et pas de déception sur ce point.

Le jeu présente des boss aux designs inspirés, pour la plupart marquants et originaux, dont les combats se déroule souvent en 2 phases dans mise en scène grandiloquente.

Je ne divulgue rien, mais un boss en particulier m'a d'abord surpris par ce qu'il est ...

...avant de me surprendre par sa manière de le battre, justement par le Parkour plutôt que par les armes - un plaisir 'What's the Fuck' génial !

Ses affrontements se déroulent souvent en 2 phases, avec changement de patterns et de stratégies.

Comme dit auparavant, il ne s'agit pas d'un Soul's une fois encore : la difficulté est réelle, sans être punitive.

On se surprend parfois, après avoir compris le système de jeu, à battre un boss après 1 ou 2 essais, quand la plupart en demanderont 5 / 10 le temps d'ingérer la stratégie à adopter !

En toute hypothèse, ils ne sont que rarement rageants et s'avèrent bien plus gratifiants tant ils reflètent l'évolution du joueur.

On regrettera éventuellement des boss facultatifs, via quête annexe, un poil redondant.

Néanmoins, on s'étonne à bloquer, parer et vaincre aisément un boss croisé 1h plus tôt (oui, il y a un côté Metroidvania) que l'on pensait invincible !


Dernier point: j'ai pu lire, via diverses critiques, que le jeu était "mal équilibré", avec une épée ayant la puissance d'un "couteau à beurre"...

Autant dire que celui qui a écrit cette critique n'a pas joué plus d'une heure au jeu, n'a pas compris le gameplay et n'a pas consulté l'arbre de compétence ! (satané écueil de la 1ère heure!)

5. Au final, il s'inspire de qui alors ?

Pour dire vrai, de beaucoup et de personne.

Difficile de réinventer la roue du jeu vidéo, en résulte plusieurs hommages évidents :

  • les glory kill type Doom (ou la récupération du tromblon type double shotgun !)

  • la course sur les murs & l'arme blanche type ghostrunner,

  • le système de combat / progression type Soul's,

  • on peut sauter, comme dans Mario !

Trêve de plaisanteries, le jeu peut évoquer des classiques mais un sentiment s'impose : il le fait très bien, à sa manière, créant un soft véritablement unique en son genre.

Le meilleur résumé serait de dire qu'il s'agit d'un "Doom à l'arme blanche dans un Dark-Soul Napoléonien du type action aventure".

Valor Mortis est donc un jeu d'action aventure à la 1ère personne à l'identité propre.

IV. Un bijou de Level Design old School

Le jeu n'est pas un monde ouvert et à titre très personnel, ça fait du bien !

A une époque où l'open world semble être l'évolution logique de tous les genres, Valor Mortis prend un parti-pris différent :

  • une aventure composée de 11 chapitres,

  • des temps de chargement,

  • des niveaux plutôt "couloirs" avec quelques embranchements.

C'est peut être old school, mais ça permet une maitrise complète de l'épopée telle que voulue.

Il est plaisant de se laisser guider, conter l'histoire, explorer quelques embranchements sans nécessairement se perdre. (d'autant qu'il n'y a pas de map!)

Valor Mortis est un exemple sur ce plan et rappelle que l'open world n'est pas la "solution ultime" à tous les jeux mais simplement un genre, lequel ne se prête pas à chaque aventure.

En l'espèce, le level design - à l'exception du 1er chapitre - est toujours d'une efficacité redoutable.

Chaque zone est un petit labyrinthe pensé avec un soin d'orfèvre : verticalité omniprésente, raccourcis à débloquer, recoins secrets, chemins alternatifs à découvrir grâce aux évolutions des capacités du personnage…

Qu'il est plaisant de découvrir, en arrivant sur une arène, les possibilités offertes pour l'aborder : surgir dans le dos d'un ennemi via un passage dérobé, vaincre le suivant grâce à une parage bien placée, puis utiliser le grappin pour atteindre une plateforme en hauteur et user du bullet time pour viser un tonneau explosif...

Les approches sont multiples et le jeu récompense l'ingéniosité du joueur, décourageant souvent l'approche frontale sous peine de se faire massacrer.

Il y a d'ailleurs une interconnexion de tous les chapitres, type Metroidvania, poussant à revenir explorer quelques passages une fois une nouvelle capacité acquise, souvent pour du loot ou des ambres.

Du level design à l'ancienne, dans ce que l'expression a de plus noble.

V. Niveau durée de vie, c'est du tout Bon(aparte)

Ce point est ici primordial : Valor Mortis offre une durée de vie très conséquente et de qualité, digne davantage d'un blockbuster que d'un jeu modeste.

Finir le jeu en ligne droite demandera 20 heures au minimum, et 10h de plus pour viser le 100% !

Cela sans aucun remplissage de quête annexe inutile ou redondante, mais plutôt au travers de chapitres de qualité, en allant toujours de l'avant.

Pour un jeu à 28 euros, rien à dire : le travail abattu par One More Level est franchement impressionnant !

VI. Il est beau mon Valor Mortis ?

Au niveau des graphismes, soyons clair : au commencement du jeu (encore cet écueil !) il n'y a rien d'impressionnant et le standing "AA" se fait sentir.

Je me suis clairement dit qu'il s'agirait d'un soft que la PS4 aurait pu faire tourner.

Puis, le jeu avançant, les décors se font de plus en plus contemplatifs, avec une direction artistique très inspirée et plaisante.

On se surprend, par moment, à être ébahi devant des arrières plans poétiques et magnifiques !

Ce n'est donc pas la technique qui impressionne, mais bien sa pâte artistique qui, maitrisée, ne laisse pas indifférent.

D'autant que les chapitres traversés sont variés : forêt & lac, village en ruine, bateau volant, mine (oh non..), ville fortifiée, faculté (mention spéciale!)

Un très beau jeu sans être une vitrine technique en somme.

VII. La musique : super ambiance mais une OST en retrait

D'un point de vue musical, le jeu ne rate pas sa cible : l'ambiance est excellente, les thèmes instrumentaux en fond sont mélancoliques à souhait.

A regret toutefois, il manque un thème majeur, celui qui permet d'identifier un jeu pour seulement quelques notes.

Et un thème de la sorte permet souvent de se souvenir d'un jeu des années après : qui ne se souvient pas du thème de zelda, d'un Debussy dans The Evil Within, et j'en passe ?

Sans demander Hans Zimmer à la composition, un thème central n'aurait pas été de refus.

Enfin, privilégiez le casque pour le plaisir de l'expérience parfois angoissante et creepy.

VIII. Et les points faibles alors ?

A cet instant du test, vous devez vous dire que le jeu est parfait ; évidemment que non.

Simplement, ses défauts sont soit savamment dissimulés, soit excusables.

Entendons nous bien, il y a 2 types de défauts à identifier : ceux qui vous gâchent l'expérience du jeu et ceux que l'on finit par excuser / oublier.

Beaucoup tombent dans la 2ème catégorie ou attirent même de la tendresse tant le jeu regorge de générosité.

Il faut bien préciser que Valor Mortis n'a connu que très peu de publicité et que le poncer relève du hasard ici : simplement intrigué par sa jaquette de prime abord, il s'est avéré une expérience addictive, de ces jeux où l'on se dit toujours "encore un passage et j'arrête" sans voir le temps passer.

Au titre des défauts notables, on retiendra un doublage inégal ; certains passages où les PNJ parlent entre eux dans un Franglais parfait sont savoureux.

Ou des blocages dans l'exploration : il ne s'agit pas d'un open world, mais il est fréquent d'être bloqué par des murs invisibles rageants.

Encore une IA aux fraises lorsqu'il s'agit de prendre les ennemis à revers, mais compensé par un level design ingénieux et des combats bien orchestrés.

Enfin, comme déjà cité, l'absence de cinématique ou de thème musical marqué.

Rien de rédhibitoire encore face au plaisir de jeu, et à ce prix!

IX. Et le format ?

Le jeu vidéo est un produit culturel qui n'est pas gratuit ; le noter est donc logique et sur l'ADJV le format de vente est un critère à part entière.

Ici, pour 28 euros, le jeu est en physique, et sur disque s'il vous plait.

Impossible de ne pas encourager!